Le
management du changement : une condition de réussite
des projets e-Learning au niveau des Universités Algériennes
Etude empirique au niveau
de l’Université de Tlemcen
Introduction
A l’aube du troisième millénaire, le développement
des économies nationales, la compétitivité
des entreprises et le bien-être des individus, se trouvent
de plus en plus liés à la compétence
acquise par les différents acteurs de la société.
Composée de savoirs, de savoirs-être et de savoir-faire,
cette ressource (la compétence) représente en
effet la principale clé de l’innovation, de la
qualité, de la flexibilité et de la création
de valeur.
Dans ce contexte, l’amélioration du niveau de
l’éducation, l’élargissement du
champ de l’enseignement supérieur, le développement
des compétences dans le domaine des technologies d’information
et de communication et des langues, représentent des
objectifs centraux pour les gouvernements et les sociétés.
Cela parait nettement à travers les objectifs du millénaire
adoptés par l’ONU (généralisation
de l’enseignement) et les principes et les engagements
adoptés par la société internationale
dans le cadre du sommet mondial sur la société
de l’information.
Face à ces exigences, l’utilisation des TIC et
le développement des pratiques de e-Learning représentent
plusieurs opportunités. Dans le cadre de la formation
initiale, ces solutions permettent un accès plus large
aux différentes formations, une diminution des frais
d’enseignement, et une amélioration de la qualité
de l’apprentissage. Dans le cadre de la formation continue,
elles fournissent des solutions au manque de temps dont souffrent
les professionnels désirant suivre une nouvelle formation
; elles « facilitent le changement et l’intégration
(dans les cas de restructuration), permettent l’adaptation
des acteurs aux changements que subissent leurs métiers
et développent leurs compétences » .
Toutefois, comme tout autre projet technologique, le e-Learning
ne se limite guère à la dimension technique.
Très souvent, il affecte les pratiques des acteurs
(enseignants, apprenants et managers), il introduit de nouvelles
valeurs, il influe sur les relations de pouvoir et les intérêts
des différents acteurs, et du fait, génère
certaines forces de résistance.
Dans cette perspective, - et à l’occasion d’un
projet e-Learning-, le développer une politiques cohérente
de management du changement peut affaiblir sensiblement les
forces de résistance, renforcer l’adhésion
des acteurs et du fait participer à la réussite
du projet et à l’accroissement de ses performances.
A travers cet article, l’accent est mis sur l’expérience
de l’université de Tlemcen en matière
de e-Learning. L’objectif principal est d’étudier
l’impact des pratiques de management du changement sur
la performance des investissements en TIC ainsi que sur celle
des projets d’EAD développés au sein de
cette institution.
D’une façon concrète, il s’agit
de répondre aux questions suivantes :
- Du point du vue théorique, quelles sont, d’abord,
les outils et pratiques qu’offrent les technologies
d’information et de communication pour la formation
?
- Ensuite, quelles sont les actions managériales
à mettre en œuvre pour favoriser le développement
du e-Learning ?
- Dans la pratique, quelles sont les infrastructures de
e-Learning dont dispose l’université de Tlemcen
?
- Quel type de pratiques de e-Learning, l’université
de Tlemcen a-t-elle développé ?
- Quelles sont les insuffisances que connaissent les projets
de e-Learning au niveau de l’université de
Tlemcen ?
- Quelles sont les actions à entreprendre pour pallier
ces insuffisances ?
Pour répondre à ces questions, nous effectuerons
dans un premier temps un bref survol théorique. Ce
dernier a pour objectif la construction d’un modèle
théorique expliquant l’impact des actions de
management du changement sur les résultats d’un
projet e-Learning.
Dans un deuxième temps, nous exposerons les résultats
d’une étude exploratoire portant sur les expériences
de e-Learning au niveau de l’université de Tlemcen.
1. Cadre théorique et hypothèses
de recherche :
Suite au développement des TIC, le domaine de la formation
a connu l’apparition de nouvelles formules d’apprentissage
plus souples et plus interactives : production de contenus
pédagogiques numériques, visioconférence,
apprentissage autorégulé , simulations, etc.
Regroupées sous le terme d’e-Learning, ces pratiques
« sont d’habitude conçues pour être
utilisées sur un réseau Internet ou intranet.
Elles peuvent se définir comme des processus d’enseignement
effectués par l’intermédiaire de tous
les médias électroniques en réseau »
.
Présentant plusieurs avantages, le développement
de ces pratiques n’est pas une simple question technique.
Tout comme n’importe quel projet technologique, la mise
en place des procédés de e-Learning nécessite
souvent de profonds changements managériaux : changements
structurels, décentralisation, développement
des modes de communication, ré-conception des tâches,
des pratiques et des métiers, etc.
Face à ces changements, les acteurs peuvent développer
plusieurs formes de résistances : absentéisme,
faible implication, manque d’initiative, refus du projet,
etc. Ces formes de résistance se traduisent souvent
par des résultats insatisfaisants, voire par l’échec
du projet. Sur ce point, Alain CHAPTAL souligne que «les
investissements intensives en TIC du secteur éducatif
ne se traduisent souvent pas par des différences significatives
dans les méthodes et pratiques d’enseignement
» .
Dans cette perspective, la réussite du Transfer technologique
impliqué par un projet e-Learning, nécessite
la conduite de certaines actions visant à affaiblir
les forces de résistance et à favoriser l’implication
des acteurs. Sur ce point, la théorie retient : des
actions de motivation , de participation , de communication,
de formation et de soutien.
1.1 Modèle théorique
: A travers cette article, nous testerons un modèle
théorique dans lequel, l’investissement en
technologies d’enseignement ne permet pas, à
lui seul, de développer les pratiques de e-Learning.
Dans ce modèle, l’exploitation des technologies
implantées et le développement des pratiques
de e-Learning, seraient influencés par les actions
de management du changement (participation, communication,
formation, et soutien) engagées par la structure
de pilotage du projet (Figure 1). La motivation régis
par des lois ministérielles – hors de porté
des gestionnaires universitaires – a été
considérée comme une constante.

Figure1 : Modèle théorique testé
1.2 Hypothèses de recherche
:
Dans deux étude récente , nous avons eu à
montrer que l’université de Tlemcen a effectué
des investissements importants en matière de e-Learning.
C’est le cas, par exemple, de la création des
espaces internet et de l’institution d’un centre
de téléenseignement. Sur le plan opérationnel,
ces investissements restaient – cependant –
sous exploités. En effet, les deux études
ont montré une faible activité et un manque
d’initiative de la part du corps d’enseignement.
En nous basant sur le modèle exposé ci-dessus,
et afin d’analyser la situation, nous formulons les
hypothèses suivantes :
H1 : Les investissements réalisés
en TIC ont un faible impact sur les pratiques de e-Learning
au niveau de l’université de Tlemcen.
H2 : La faible participation est un facteur
explicatif du faible impact des TIC sur les pratiques de
e-Learning au niveau de l’université de Tlemcen.
H3 : La faible communication est un facteur
explicatif du faible impact des TIC sur les pratiques de
e-Learning au niveau de l’université de Tlemcen.
H4 : Le manque de formation est un facteur
explicatif du faible impact des TIC sur les pratiques de
e-Learning au niveau de l’université de Tlemcen.
2. Méthode de recherche :
Afin de tester ces hypothèses, une recherche qualitative
a été entreprise au niveau de l’université
de Tlemcen. L’objectif étant de décrire
la réalité, nous avons triangulé trois
méthodes principales : l’analyse de contenu,
l’entretien ouvert et le questionnaire fermé.
2.1 L’analyse de contenu :
Afin d’évaluer le système d’information
et les outils de e-Learning mis en place par l’université
de Tlemcen, nous avons procédé à l’analyse
du site web de l’université et de certains
contenus numériques mis en ligne.
2.2 Les entretiens ouverts :
En outre, nous avons effectué des entretiens avec
les responsables de la gestion du système d’information
de l’université et des projets e-Learning.
2.3 Le questionnaire fermé
:
Pour évaluer les pratiques et les obstacles que rencontre
le e-Learning, nous avons adressé – enfin –
deux questionnaires fermés. Le premier concernait
les enseignants, le deuxième a été
administré aux étudiants.
2.3.1. Spécificités de l’échantillon
d’enseignants interviewés :
En ce qui concerne le questionnaire adressé aux
enseignants, celui si a été administré
un échantillon de trente (30) enseignants. Ces
derniers appartiennent aux deux genres (70% sont des hommes
et 30% sont des femmes), à cinq facultés
(53.33% appartiennent à l’économie,
13.33% au droit, 10% aux langues, 6.67% aux lettre et
16.67 aux sciences) et aux différents grades d’enseignement
(3.33% sont Professeurs, 3.33% sont Maitres de conférence
« A », 66.67% sont Maitres assistant «
A », 16.67% sont Maitres assistant « B »
et 10% sont Assistants).
2.3.2. Spécificités de l’échantillon
d’étudiants interviewés :
Compte au questionnaire administré aux étudiants,
celui-ci a touché soixante-treize (73) étudiants.
Parmi les questionnaires récoltés, Treize
ont été rejetés pour obtenir –
à la fin – un échantillon de soixante
étudiants. Au sein de cet échantillon, nous
retrouvons des étudiant résidants et non-résidents
(48% sont résidants, 52% ne le sont pas), appartenant
aux deux cycles (43% appartiennent au cycle classique
et 57% à l’LMD), à différentes
spécialités (l’économie ou
de la gestion représente 35%, la biologie représente
15 %, le droit, la sociologie et les lettrent représentent
chacune 8%, les sciences techniques, la médecine,
la géologie et l’architecture représentent
chacune 3%, l’histoire, la technologie, l’informatique,
l’agriculture, la géni mécanique,
l’automatique et la chimie représentent chacune
2%), et à différents niveaux (36% sont en
première année, 17% sont en deuxième
année, 23% sont en troisième année,
15% sont en quatrième année, 7% sont en
cinquième année et 2% sont en sixième
année).
3. Résultats :
D’une façon concrète, la démarche
adoptée nous a permis de construire une image claire
sur l’utilisation des TIC et sur les investissements
e-Learning réalisées par l’université
de Tlemcen, sur les actions de management du changement accompagnant
ces investissements, et enfin, sur les résultats et
les insuffisances de ces actions.
3.1. E-Learning à l’université
de Tlemcen ; projets et performances :
Consciente des enjeux et opportunités de l’utilisation
des TIC, l’université de Tlemcen place le e-Learning
au cœur de sa stratégie. Depuis quelques années,
cette institution a développé plusieurs projets
numériques. Dans ce qui suit, nous mettrons la lumière
sur l’utilisation d’internet, la mise en place
du site web, l’abonnement à des bases de données
spécialisées, la production de contenus numériques,
et enfin, sur l’enseignement à distance (EAD).
3.1.1. L’utilisation d’internet au
niveau de l’université de Tlemcen :
Dans le cadre d’une politique nationale de développement
de l’utilisation des TIC dans les établissements
d’enseignement supérieurs, l’université
de Tlemcen a connu depuis 1999 plusieurs projets Internet.
Aujourd’hui, l’université dispose de
deux lignes internet : une ligne ADSL d’un débit
de deux (02) mégas, et une ligne spécialisé
(MLS) d’une vitesse de 100 mégas. Ces deux
lignes ont permis de créer 1500 prises internet
(celles-ci ne sont pas toutes utilisées), de réaliser
plus de 13 espaces internet, et de connecter un nombre
important de bureaux d’enseignants.
Au niveau opérationnel, ces investissements ont
permis aux acteurs de se familiariser avec les TIC, de
surmonter les obstacles relatifs aux coûts et à
l’espace, et d’accéder à une
documentation variée et abondante.
Cela dit, l’utilisation du réseau mis en
place connaît encore plusieurs limites. En effet,
l’enquête réalisée relève
un faible niveau d’utilisation du réseau
internet de l’université ; aussi bien de
la part des enseignants que de la part étudiants.
a. L’internet au sein de l’université
de Tlemcen : usages des enseignants :
En ce qui concerne les enseignants, 40% de l’échantillon
interviewé n’utilisent pas ce réseau,
30 % l’utilisent un jour par semaine, 20% l’utilisent
à une fréquence qui varie entre deux et
cinq jours par semaine, et 10% seulement l’utilisent
quotidiennement. Cette fréquence est très
faible par rapport à la fréquence d’utilisation
d’internet à l’extérieur de
l’université. Pour le même échantillon,
56% des enseignants ont affirmé utiliser internet
à l’extérieur de l’université
quotidiennement, 30% plus de 3 jours par semaine, et seulement
6.67% ne l’utilisent pas (Figure 2).
Derrière cette faible utilisation se cachent plusieurs
problèmes. En tête des problèmes avancées
par les interviewés, nous retrouvons la lourdeur
du téléchargement (70%), suivi par l’encombrement
(46.67%), l’absence de connection au niveau des
bureaux d’enseignants dans certaines facultés
(30%), le temps d’ouverture limité des espaces
internet (26.67%), les pannes que connaissent les infrastructures
de l’université (23.33%), et l’indisponibilité
de salles internet réservées aux enseignants
au niveau de certaines facultés (23.33%). En plus
de ces problèmes, certains interviewés ont
mis l’accent sur le manque de confort, sur les coupures
fréquentes de connection et sur le comportement
des techniciens (Figure 3).

Figure 2 : Fréquence d’utilisation d’internet
par les enseignants à l’interieur et à
l’extérieur de l’université

Figure 3 : Problèmes rencontrés par
les enseignants dans l’utilisation d’internet
à l’intérieur et à l’extérieur
de l’université
D’une façon concrète, ces problèmes
pèsent beaucoup plus fort que les problèmes
rencontrés par les enseignants à l’extérieur
de l’université. En effet, seulement 53.33%
des enseignants trouvent le débit de téléchargement
lourd en dehors de l’université, 23.33 %
soufrent de l’encombrement, 6.67% rencontre des
problèmes de sécurité et d’accessibilité,
et 3.33% soufrent du temps limité d’ouverture
des espaces internet, des coupures de connexion, de l’absence
d’une connexion à domicile, du manque de
temps, de l’inaccessibilité au site de l’université,
et de l’ergonomie des espaces internet privés
(Figure3).
b. L’internet au sein de l’université
de Tlemcen : usages des étudiants
Compte aux étudiants, ces derniers affichent des
niveaux d’utilisation encore plus faibles. Sur l’échantillon
interviewé, 20% n’utilisent jamais les infrastructures
internet de l’université, 43% une fois par
semaine, 13.33% deux fois par semaine, 10% trois fois
par semaine, 1.67% quatre fois par semaine, et enfin,
11.67% cinq fois par semaine (Figure 4).

Figure 4 : Fréquence d’utilisation d’internet
par les étudiants à l’interieur de
l’université
A cette faible utilisation, les données colléctées
permettent d’avancer plusieurs explications. Par
ordre d’importance, il s’agit principalement
: de l’encombrement et du temps limité réservé
pour chaque étudiant (1500 prises ne peuvent couvrir
les besoins de plus de 35000 étudiants), de la
lourdeur de la connection, du temps limité d’ouverture
des espaces internet, du manque de confort et de calme,
du comportement des techniciens, de la disponibilité
d’internet à l’extérieur de
l’université, et enfin, du manque de connaissances
en informatique qui caractérise certains étudiants
(Figure 5).

Figure 5 : Problèmes rencontrés par
les étudiants dans l’utilisation du réseau
internet de l’université
3.1.2. La création d’un site web
:
Une deuxième action consiste dans la création
d’un site Web. Support de communication et de e-Learning,
le site de l’université a connu un net développement
depuis sa mise place. Aujourd’hui, ce support connaît
une actualisation régulière. Les rubriques
mises en ligne présentent la ville et l’université
de Tlemcen et fournissent des informations importantes
sur ces différents organes. Sur le plan pédagogique
et scientifique, ce site permet aux acteurs d’accéder
aux pages web de certains enseignants, de télécharger
des contenus pédagogiques (cours, exercices) et
travaux scientifiques. En outre, ce site permet d’accéder
aux bases « SpringuerLink » et « CAIRN
» et à certains travaux de postgraduation.
Enfin, il communique des informations sur les différentes
activités scientifiques et pédagogiques
de l’université.
En résumé, le site constitue une source
importante d’informations pour les différentes
parties prenantes de l’université.
Pour ce qui est des enseignants, ces derniers accèdent
au site pour récolter des informations portants:
sur les actualités scientifiques, sur les réalisations
de l’université, sur la recherche, la pédagogie
et les règlements administratifs. Ils ont aussi
recoure au site pour consulter les bases de données
et l’e-mail personnel (Figure 6).

Figure 6 : Motifs de consultation du site de l’université
par les enseignants
Compte aux étudiants, ces derniers accèdent
au site pour avoir des informations sur les spécialités,
pour télécharger des contenus pédagogiques,
pour accéder aux bases de données, pour
télécharger les programmes et instructions
pédagogique, pour avoir une idées sur les
manifestations scientifiques, les actualités, les
concours et les bourses de poste graduations, et enfin,
pour télécharger des mémoires de
fin d’étude (15% des étudiants interviewés
ont affirmés avoir déjà téléchargé
des mémoires à partir du site de l’université),
etc. (figure 7).
Cela dit, cette interface présente encore certaines
faiblesses.
A la tête de ces faiblesses, figure le faible accès
des étudiants. Sur l’échantillon étudié,
48.33% n’on jamais accédé au site,
8.33% n’y on pas accédé depuis plus
d’un an, 20% n’y on pas accédé
depuis plus d’un mois, et seulement 23.33% y on
accédé depuis moins d’un mois (Figure
8). Comme explication à ce faible niveau, nous
pouvons avancer le nombre limité de contenus pédagogiques
et scientifiques mis en ligne (le nombre de sites d’enseignants
[07] et de mémoires téléchargeables
sont trop réduits) et la difficulté d’accès
à internet, etc.
En deuxième lieux, nous remarquons qu’une
partie importante des enseignants interviewés,
ne consulte guère le site (16.66% affirment ne
l’avoir jamais consulté et 13.33% qu’ils
ne l’ont pas consulté depuis plus de deux
mois).
Enfin, l’utilisation du site dans la correspondance
électronique rencontre encore des insuffisances
liés à des pertes de courriers, à
un manque de confiance (certains ont avancé des
préoccupations relatives à la sécurité
de leur courrier), à la méconnaissance des
procédures de création d’un e-mail
sur le site de l’université, et enfin, à
la meilleure qualité de service offerte par des
interfaces spécialisées tel que Yahoo.

Figure 7 : Motifs de consultation du site de l’université
par les étudiants

Figure 8 : Dernier accès au site web de l’université
par les étudiants
3.1.3. L’abonnement à des bases
de données spécialisées :
L’Université de Tlemcen est abonnée
depuis Janvier 2008 à deux bases documentaires
spécialisées : la base allemande SpringerLink,
et la base française CAIRN. Ainsi, les acteurs
de l’université peuvent accéder à
ces bases via le site de l’université et
télécharger des ouvrages et articles scientifiques
utiles pour leurs travaux.
Si l’abonnement à la base CAIRN est trop
récent pour en évaluer la performance, nous
relevons, par contre, une faible utilisation de la base
Springer-Link.
Pour ce qui est des enseignants, 30% seulement de l’échantillon
ont utilisé cette base de données.
Compte aux étudiants, ces derniers affichent une
tendance similaire. Seulement 22% de l’échantillon
étudié affirme avoir déjà
utilisé la base SpringerLink. Pour la majorité
(69% ; ces étudiants sont à un niveau égale
ou supérieur à un bac+4.
Derrière cette tendance on a relevé plusieurs
causes. D’abord, nous soulignons le temps limité
d’ouverture des espaces internet de l’université
et les différents problèmes qui entravent
leur exploitation, ainsi que les limites à l’accès
à la base (cet accès n’est possible
qu’à partir des postes de l’université).
Ensuite, les documents mis à la disposition de
l’université sont limités (3 ans d’archive
pour les articles et 10 pour les livres). En outre, dans
le cas des étudiants, la langue représente
aussi une entrave. Sur l’échantillon étudié,
72% utilisent une seul langue dans leurs recherches (37%
utilisent l’arabe et 35% utilisent le français)
et seulement 8% utilisent l’anglais (avec l’arabe
ou le français). Enfin, grâce à des
mots de passe piratés, les enseignants peuvent
accéder à des bases de donné plus
performantes.
3.1.4. L’enseignement à distance
au niveau de l’université de Tlemcen :
Sur un quatrième plan, l’Université
de Tlemcen a entrepris au cours de ces quatre dernières
années plusieurs projets d’EAD :
- Le projet GVC : Le premier projet
d’EAD a été concrétisé
au niveau de la faculté des langues. Initié
en Août 2005, il insère l’université
de Tlemcen dans un projet américain géré
par l’Université de la Caroline du Sud.
Appelé « The Global virtuel Class Room
» (GVC), ce projet lie 23 universités issues
de 17 pays. Ayant pour objectif de promouvoir l’échange
culturel et le rapprochement entre les étudiants
des différents pays, il permet de former gratuitement
28 étudiants par an (organisés en deux
sections). Sur le plan pédagogique, la formation
s’étale sur six mois, elle prend la forme
de chats et de discutions collectives en visioconférence.
Sur le plan technique, ces activités sont assurées
dans une salle équipée de huit PC. Un
PC assure la visioconférence. Il est connecté
à une Caméra Polycon et à une ligne
internet d’un débit de 512 Kilooctets.
Les sept autres PC sont utilisés dans le chat.
Ils sont connectés à une ligne internet
d’un débit de 2 Mégas. Depuis 2005,
se projet a contribué à former 98 étudiants.
Cette formation leur a permis d’améliorer
leur maîtrise de la langue anglaise, d’élargir
leur champ culturel, de mieux maîtriser l’utilisation
des TIC, d’établir des liens avec d’autres
étudiants à travers le monde, d’obtenir
un diplôme américain et de renforcer leur
employabilité (ainsi, ce diplôme a permis
à plusieurs étudiants de trouver des postes
de travail). D’un autre coté, ce projet
a permis de former certains cadres à de nouvelles
pratiques et technologies : celles de la visioconférence.
Toutefois, malgré ces apports, le projet souffre
de quelques problèmes : faible débit,
manque de matériel, et manque de moyens financiers.
- Le centre de téléenseignement
: Le deuxième projet entrepris consiste
en la création d’un centre de Téléenseignement.
Sur le plan technique, le centre comporte une plateforme
de téléenseignement (Charlemagne), une
salle de visioconférence moderne, une salle de
production multimédia, et une salle de cours
équipée de vingt PC. Sur le plan opérationnel,
le centre a effectué depuis son inauguration,
en Décembre 2007, des tests de télé-enseignement
avec plusieurs universités algériennes
(Saida, Oum-El-Bouaki, Bechar, Chlef, etc.). Il a connu
aussi l’organisation de quelques formations. Actuellement,
un projet de e-Learning est organisé en partenariat
avec l’université anglaise de Portsmouth.
Malgré cela, notons que l’activité
de ce centre reste très limitée et qu’il
souffre de plusieurs insuffisances : coupures d’électricité,
faible débit (2 Mégas), manque de formation
en matière de maintenance, etc.
- Le projet de réalisé avec l’université
de Portsmouth : Dans le cadre des activités
du centre de téléenseignement, une deuxième
formation à distance fut initiée en partenariat
avec l’université de Portsmouth. Cette
formation a pour objectif de développer la culture
générale et la maitrise linguistique des
étudiants en formation.
3.1.5. La mise en ligne de contenus pédagogiques
et scientifiques et l’encadrement virtuel :
Une dernière pratique évoquée concerne
la production de contenus pédagogiques numériques
et l’encadrement virtuel. En ce qui concerne la
production de contenus numériques, nous distinguons
deux cas de figure. Dans la première, les contenus
sont mis sur le site de l’université. Dans
la deuxième, les contenus sont publiés sur
d’autres supports (CD, sites personnels, Blogues,
envois par email, etc.).
Pour ce qui est de la publication des contenus sur le
site de l’université, l’examen de ce
dernier révèle de faibles pratiques. En
effet, sur les 1200 enseignants, seuls 7 ont des pages
web permettant de télécharger des contenus
pédagogiques (cours, exercices, etc.) et scientifiques
(articles de recherche) à partir du site de l’université.
Aussi, le nombre de travaux de postgraduation téléchargeables
reste assez réduit.
Quant à la publication de contenus numériques
sur d’autres supports, l’enquête effectuée
a relevé de faibles pratiques. En effet, sur les
trente enseignants interviewés, seuls deux (2)
ont affirmé avoir produit des contenus pédagogiques
numériques. Pour le premier, il s’agit d’exercices
et de corrections d’exercices mis sur le site personnel
de l’enseignant avec l’assistance d’un
parent qui est informaticien. Pour le deuxième,
il s’agit de cours enregistrés dans des formats
vidéo et mis sur son site personnel.
Enfin, pour ce qui est de l’encadrement virtuel,
nous relevons aussi de faibles pratiques. En effet, seulement
36.67% de l’échantillon interviewé
utilise l’email dans l’encadrement des étudiants.
3.2. Actions de management du changement
:
Après avoir analysé les projets technologiques
réalisés par l’université de
Tlemcen et leurs niveaux de performance, il importe de s’interroger
sur les actions d’accompagnement du changement, réalisées
par l’université. Il s’agit principalement
des actions de communication, de participation, de formation,
et de soutien.
3.2.1. Les actions de communication
:
Dans le domaine de la communication, plusieurs actions
ont été entreprises pour accompagner les
différents projets technologiques réalisés.
Dans le cadre des projets d’EAD, des informations
furent communiquées sur le site de l’université
et à travers les conférences de certains
responsables administratifs. Pour ce qui est des bases
de données, des informations furent aussi communiquées
à travers les discours des responsables, le site
de l’université et des pancartes affichées
au niveau des différentes facultés. Enfin,
pour ce qui est des formations relatives au e-Learning,
des informations furent communiquées par voie écrite
et virtuelles.
Cela dit, ces actions restent encore insuffisantes. Pour
ce qui est des enseignants, seulement 26.67% de l’échantillon
ont affirmé avoir reçu des informations
concernant les projets e-Learning de l’université.
Ces informations ont été transmises par
différents canaux : site de l’université,
communication informelle, conférence, réunion
(figure 9). Au niveau des étudiants, la tendance
est plus lourde. Seulement 2 étudiants sur 60 ont
affirmé avoir reçues des informations concernant
les projets e-Learning de l’université.
3.2.2. La participation :
Une deuxième action de management du changement
concerne la participation aux différentes étapes
des projets. Sur ce point, l’enquête relève
une participation encore plus faible. Sur les trente enseignants
interviewés, seulement trois (10%) ont affirmé
avoir participé à des projets e-Learning
de l’université.
Figure 9 : Canaux de communication cités par
les enseignants
3.2.3. La formation :
Quand à la formation, la tendance est encore flagrante,
dans ce sens où aucun enseignant interviewé
n’a bénéficié d’une formation
relative au e-Learning. Il importe cependant de souligner
que l’université a programmé –en
partenariat avec l’AUF– deux formations en
mai 2009. A ces formations s’ajoutent certaines
formations à distance proposées par d’autres
universités (Annaba et Oran notamment).
3.2.4. Le soutien :
En ce qui concerne le soutien technique, l’enquête
a aussi révélé certaines faiblesses.
Ces dernières sont évoquées principalement
par les techniciens chargés de la gestion des infrastructures
de téléenseignement, ainsi que par certains
enseignants.
4. Discussion :
On peut dire que l’étude effectuée au
niveau de l’université de Tlemcen vient consolider
le modèle théorique construit et les hypothèses
proposées.
En effet, l’étude a démontré que
l’université de Tlemcen a effectué d’importants
investissements dans l’infrastructure nécessaire
au développement du e-Learning.
Il s’est avéré aussi que les pratiques
de e-Learning restent encore limitées par rapport aux
moyens mobilisés. Sur ce point, il suffit de rappeler
qu’à peine sept enseignants sur environ 1200
ont mis des contenus pédagogiques sur le site de l’université,
que seulement 36.67% des enseignants interviewés utilisent
l’email dans l’encadrement des étudiants
et qu’uniquement 7% ont déjà produit des
contenus pédagogique numériques. Enfin, le centre
de télé-enseignement ouvert depuis décembre
2007, n’héberge à ce jour, qu’une
seule formation.
Nous avons noté enfin que les actions d’accompagnement
du changement restent insuffisantes. En effet, les actions
de communication, de formation, de participation et de soutien,
restent limitées et ne touchent qu’une faible
partie des acteurs de l’université.
Nous pouvons alors confirmer les hypothèses H1, H2,
H3, H4 formulées au début.
Conclusion :
A cette étape de notre étude, il importe de
souligner que la méthode utilisée et la taille
de l’échantillon étudié ne permettent
guère de généraliser les résultats
obtenus. Toutefois, cela ne remet pas en cause les tendances
lourdes ébauchées dans ce travail.
Ces dernières viennent en effet confirmer les travaux
précédents sur le management du changement et
l’implantation des TIC.
Sur le plan pratique, la recherche fournie des enseignements
précieux pour l’université de Tlemcen
en particulier, et pour les universités algériennes
en générale.
Pour ce qui est de l’université de Tlemcen, nous
retiendrons les lignes d’actions suivantes :
- Pour développer l’utilisation du réseau
internet de l’université, il est possible d’augmenter
les heurs d’ouverture des espaces internet, d’utiliser
les réseaux sans fils, et enfin, d’améliorer
la qualité du service et de la réception.
Sur ce dernier point, il importe de souligner que l’adoption
d’une démarche qualité peut être
très bénéfique.
- Pour une meilleure exploitation du site, il importe d’augmenter
le nombre de mémoires et de contenus pédagogiques
mis en ligne (principal cause de l’accès des
étudiants), et de remédier aux insuffisances
que connaît la messagerie électronique rattachée
au site. La création de forums de discutions peut,
enfin, animer sensiblement le site.
- Pour ce qui est de l’exploitation des bases de
données, il serait intéressant d’offrir
un accès à partir de postes de travail n’appartenant
pas à l’université. Il faut aussi encourager
la recherche plurilinguistique au niveau des étudiants.
- Enfin, il importe d’investir d’avantage dans
les actions de management du changement (communiquer, faire
participer, former et soutenir) afin de promouvoir les pratiques
de e-Learning et de rentabiliser les investissements réalisés.
Pour ce qui est des universités algériennes,
il en ressort que dans le cadre de projets e-Learning, il
ne suffit pas d’investir dans l’infrastructure
technologique, mais qu’en vue de développer des
pratiques efficientes et de rentabiliser les investissements,
il importe de conduire une politique cohérente de management
du changement. Cette politique doit se baser sur des actions
de communication, de participation, de formation de soutien
et même d’évaluation et de management de
la qualité.
Pour conclure, nous évoquerons quelques pistes de
recherche qu’ouvre ce travail. Une première piste
de recherche impliquerait l’élargissement du
champ d’analyse aux pratiques des étudiants.
Une deuxième piste consisterait à conduire des
recherches comparatives entre différentes universités
nationales. Enfin, une troisième concernerait le développement
du modèle théorique et l’introduction
d’autres facteurs tels que le management de la qualité
et l’évaluation.
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